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06 août 2015

L'Echelle, le Rat et le Chirurgien

Première partie :     

 

En mai 2015, en taillant un arbre de mon jardin, je tombais de mon échelle. Aucune douleur ni trouble ne résulta de cette chute. Vers la fin juin 2015, je me mis à tituber, bafouiller et avoir d’insupportables maux de tête. Cédant à l'insistance de mes proches, j’allais consulter mon médecin qui ne tarda pas à faire procéder à des examens d’imagerie médicale qui révélèrent d’importants hématomes ‘sous duraux’ occupant une bonne partie de ma boîte crânienne. Hospitalisé d’urgence à Sainte Anne à Paris, je subissais dans la nuit du 1er juillet une opération chirurgicale majeure qui me sauva la vie. A quelques jours (ou même heures) près, le traumatisme crânien consécutif à la chute de l'échelle m’aurait sans doute emporté.

Heureux (c'est peu dire!) de m’en être tiré, je rédigeais, quelques jours après mon réveil ce qui suit, pour rendre hommage au Docteur Abi-Lahoud qui m'opéra :

 

Le rat est mort, vive la vie! 

 

Le mort c'est le rat! Et moi le rescapé

L'intrus, et c'est bien fait, a été extirpé

Éradiqué, flingué, liquidé, ventilé

Dispersé "façon puzzle", trucidé, dégommé

 

Alors que je cherchais la lumière du ciel

Perché (je sais: trop haut!) au bout de mon échelle

A couper quelques branches de notre magnolia il

Ce fut la chute: Boum, caduto, patatras...

 

Un rat, alors, affreux et noir comme le deuil

S'est faufilé chez moi et a franchi mon seuil.

Pour prendre domicile dans un coin de mon crâne

Et piller doucement mes réserves. L'infâme!

 

Sournois, silencieux, le perfide rongeur

A pris tout son temps pour son funeste labeur:

Pour découvrir le mal qu'il instillait en moi

Il a fallu longtemps : ça a pris un bon mois.

 

Un mois pour parvenir à me faire trébucher,

Bredouiller, m'épuiser et sans même laisser

Une trace montrant d'où son poison venait,

Ne faisant aucun bruit signalant qu'il passait

 

Un mois pour grignoter lentement mon cerveau

Mais pour ronger aussi d'anxiété, (le salaud!)

La femme que j'adore et qui prend soin de moi

Et toute ma famille qu'il a mis en émoi

 

Le hideux, le sournois: s'en prendre à ma cervelle !

La broyer calmement dans son étau mortel!

Tapi au fond de moi pour mieux s'y protéger

En se disant que là, nul ne le chasserait

 

Il ne se doutait pas, l'innommable rongeur

Qu'un jour interviendrait, pour mon plus grand bonheur

Un neuro- chirurgien: un champion du scalpel

Qui lui ferait payer le viol de ma cervelle

 

Docteur Abi -Lahoud, Georges c'est son prénom.

Yeux clairs, léger accent de Chrétien du Liban

Sorte de Capitaine Conan du bistouri

Qui sait traquer la bête jusqu'au fond de son nid

 

Alors j'ai survécu. Ah que la vie et belle!

Je revis. Et le rat lui est dans la poubelle

J'ai eu droit grâce aux mains d'un Libanais joyeux

A un bail reconduit. Dire merci à Dieu?

 

Non : Georges, c'est à toi que je veux dire merci

Avec fraternité, pudeur et sans flagornerie:

De tous les étrangers qui ont croisé ma route

Tu es mon préféré, Docteur Abi-Lahoud

 

 Robert Boublil

7 juillet 2015         Tous droits réservés

 

Deuxième partie :      

 

En juillet 2015, alors que je me remettais, à la maison de l’opération qui me sauva la vie, je fus pris de nausées et de vertiges. Les examens auxquels il fut procédé révélèrent une récidive des saignements intra crâniens. Hospitalisé pour la deuxième fois, je subissais dans la nuit du 24 juillet une nouvelle opération beaucoup plus lourde et longue que la première.

Une fois orti de cette nouvelle épreuve, je reprenais la plume pour écrire ceci:

 

Derechef le rat. Et là, mauvais perdant !

 

On le croyait broyé. On le disait occis

Eh bien non voyez vous: le malin réussit

A rester un peu la ou il avait sévi

Tissant cette fois ci des rets nauséabonds

A l'endroit qu'il avait choisi pour son cocon

 

A croire qu'il était bien, là, tout près de mon âme

Cela prit deux heures (plus?) à Georges de Sainte Anne

Pour extirper vraiment les débris qu'il laissa

Il fallut sans mentir un trou grand comme ça!

 

Sous une anesthésie a vous couper les bras

Au réveil: la vie ! Elle encore et si belle!

Non ce n'était pas l'heure encore d'aller au ciel

Mais Dieu que ça fait mal un os qu'on a coupé!

 

Tu as connu papa la même atrocité 

Je ne comprenais pas ta douleur. Pardon!

Je t'ai laissé souffrir et partir pour de bon

Trente ans déjà. Ta chute et moi ton orphelin

 

Tomber et puis mourir. Quel bien triste destin!

Ou comme Cyrano recevoir une poutre!

Sans pouvoir l'écarter, l'envoyer se faire foutre

Formidable Rostand, sublime Torreton:

 

La mort quand elle est bête fait sortir de ses gonds 

La colère envahit: mais comment a t on pu

Laisser le rat entrer ? Et aussi qu'il fallut

S'y reprendre à deux fois pour le sortir de là

 

Hors de moi scélérat et n'y reviens jamais

Laisse moi savourer tous ceux que j'aime en paix

Dehors mauvais perdant. Va dans ton caniveau 

Laisse donc s'aimer les Roxane et Cyrano

 

Robert Boublil

28 juillet 2015           Tous droits réservés

 

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24 mai 2015

Avis de nuit et de Brouillard (4)

Nous n'en parlerons pas

 

Nous n’en parlerons pas ! Ca va les ennuyer

Et s’ils m’ont invité, c’est pour boire un café

Pas pour leur raconter ma sombre destinée

Non, non ! Et puis d’abord, à quoi sert d’en parler?

 

Les souffrances d’autrui, c’est bon pour la télé

Mais entendre quelqu’un à qui c’est arrivé…

C’est autre chose ! Non, nous n’en parlerons pas !

A quoi bon remuer ?...Et puis c’est loin tout ça,

 

Et incroyable aussi : revenir de l’enfer !

Ils ne comprendraient pas. Alors mieux vaut se taire

Et je ne pourrai pas, ne serait-ce qu’une fois

Soutenir des regards qui ne me croiront pas

 

De plus, ces braves gens pourraient se demander

Comment j’ai pu sortir de là… Comment j’ai fait

Pour résister au froid, au typhus, à la faim

Et pour rester debout aux appels quotidiens

 

Comment j’ai supporté les morsures des chiens

Et face à l’infinie cruauté des gardiens

Comment je me suis tu. Ils pourraient en douter,

Me prendre pour un fou, et pourquoi pas ? Nier !

 

Pire : ils pourraient penser que si j’ai survécu

Si au camp on ne m’a ni gazé ni pendu

C’est que j’ai fait partie d’un de ces commandos

Qui ramassaient les morts et poussaient les chariots

 

Pardonne-t-on à qui a vu tuer son père 

Ou laissé arracher l’or des dents de sa mère,

Vu brûler des enfants ?.…Sans rien faire aux tueurs !...

Ou leur obéissant parce qu’on avait peur !

 

Ils pourraient me juger, eux qui n’y étaient pas

Et puis me condamner d'avoir osé voir ça.

Comment comprendraient ils que l’homme qui était là

N’était qu’un numéro tatoué sur un bras

 

Un simple corps vivant mais sans identité

Témoin de l’indicible, de l’enfer échappé.

Nous n’en parlerons pas. Car le sort des damnés

Ne se partage pas. Allons boire ce café.

 

Robert Boublil

22 mai 2015

 

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Avis de Nuit et de Brouillard (3)

Raconte mon histoire

 

Raconte mon histoire car moi je ne peux pas.

 

J’étais enfant alors, ça fait longtemps déjà

On habitait Saint Paul, mon nom c’était Maurice

Papa était tailleur, maman était nourrice.

 

Chez nous c’était petit, mais on y était bien

J’avais plein de cahierss, je ne sais plus combien

Papa était très fier car j'y dessinais tout

Pendant que lui cousait. Ses cheveux étaient roux

 

Raconte mon histoire car moi je ne peux plus

Maman était très belle et elle aurait voulu

Qu’après, une fois grand, je devienne docteur…

Ils ont sonné très fort. Elle m’a dit : ‘n’aie pas peur’…

 

Dis bien comment ils ont enfoncé notre porte

Ils voulaient qu’on s’habille vite et puis qu’on sorte

Maman criait très fort. Alors ils l’ont frappée.

Et dans la rue en bas, le bus nous attendait.

 

Papa voulait savoir où on nous emmenait

Mais l’agent l’a poussé et il l’a fait tomber.

Au Vel d’hiv, tu le sais toi ! Alors dis leur :

Tous ces gens entassés et qui avaient très peur.

 

Moi, je ne pourrai pas, c’était il y a longtemps

Je bouchais mon nez dans ces WC dégoutants

On avait soif. Pas d’eau. Ma sœur Rebecca

S’était évanouie dans les bras de Papa

 

Toi qui n’étais pas né en ce temps là, dis leur !

Tu n’étais pas monté dans ces bus de malheur

Ils ne t’avaient pas vu, donc tu étais sauvé

Et alors maintenant à toi de raconter

 

Fais le pour moi et pour mon père et pour ma mère

Pour Rebecca aussi, et ceux qu’ils ont fait taire

Pour mon ami pianiste, le petit Nathaniel,

Qui ne jouera jamais à la Salle Pleyel

 

Pour tous les camarades avec qui je jouais

Dans le jardin d'enfants. Enfants qui promettaient

De devenir docteurs, comptables ou musiciens

Mais qu’ils ont entassés dans ces infâmes trains.

 

Tu dois la raconter mon histoire ! Promet !

J’ai même pas cinq ans !  Et puis comment parler 

Quand ma mère me serre très fort contre son sein

Et puis que je suis mort, avec elle, dans le train.

 

Robert Boublil                                                                       

20/5/15

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19 mai 2015

Avis de Nuit et de Brouillard (2)

Plaques  derrière vous......

Plaques accrochées à d'austères frontons gris

Exhortant à ne pas oublier les petits

Qu'un jour on a raflés et conduits à l'enfer

Hommages éternels gravés dans votre pierre.

 

Derrière vous l'école, même odeur, mêmes bruits

Cloche, récréation, enfants qui courent et rient

Sous ce même préau où d'autres sont partis

Quand des loups sanguinaires un jour les ont surpris

 

Des loups cachés sous le cuir de leurs longs manteaux

Qui hurlaient : « Tennenbaum, Salomon, Trigano… »

Aux gamins pétrifiés qu’ils venaient emporter.

Une fois capturés, la classe reprenait.

 

De vos lettres gravées vous nous les rappelez

Plaques, ces tout petits, eux qui n'avaient rien fait.

Punis? D'avoir crié Maman? Ils avaient peur

Le garçon tient la main de sa petite sœur

 

Lettres blanches ou noires, en bas-reliefs, dorées… :

« ...Dans cette école... Là... Ils étaient des milliers...

Parce que Juifs.... Ici .... Ils habitaient Paris ...

Victimes de Vichy et de la barbarie… »

 

Mais on voudrait savoir: ces enfants enlevés,

Comment s'appelaient ils pendant qu'ils s'amusaient ?

Plaques, derrière vous et sur ces petits bancs

Étaient assis Simon, Déborah, Jonathan

 

Sarah et Benjamin. Et que leur a t on fait ?

Plaques, derrière vous on voit de la fumée

Des barbelés, des trains, et des chiens qui mordaient

Les petits prisonniers, David, Salomé…

 

Plus tard, des gens sérieux venus vous accrocher

Ont dit : "plus jamais ça" ou " n'oublions jamais"

Mais ceux qui aujourd'hui, assis derrière vous

Vincent, Ahmed, Sophie savent ils que les loups

 

Sont revenus avec couteaux et pistolets

Et que même certains ont déjà dévoré

D'autres petits enfants, Raphael, Rebecca,

Accusés d'avoir fait plein de morts à Gaza

 

Plaques, vous n'avez donc pas pu les arrêter ?

Secrètement ces loups vous ont ils descellées?

Ou bien les cancrelats grouillant derrière vous

Vous ont ils gangrenées en vous criblant de trous?

 

Les loups cette fois ci ne portent plus de cuir

Mais sont aussi cruels. Leur haine est même pire

Ils ne déportent pas eux, ils œuvrent surplace

Et cachent leurs petits sur les bancs de la classe.

 

 

Robert BOUBLIL

 

Mai 2015

 

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20 janvier 2015

Avis de Nuit et de Brouillard (1)

Ces gens là !

 

D’abord…

 

D’abord ce fut le choc ! Mes amis massacrés !

Dessinateurs géniaux, marrants, outrecuidants

Wolinski, Charb, Cabu, et autres insolents

Flingués par deux tueurs… Comme dans une Série B

 

Puis y en a eu un autre : un Black au regard doux,

Mais à la tête remplie de boue.

Lui tout ce qu’il voulait, c’est vider son chargeur.

Sur des enfants. Des enfants juifs, bien sûr

A Montrouge : une école …..

 

Mais voilà que bloqué par la circulation

Le fou prend Clarissa pour cible. Elle, si jolie

Sous son képi de flic. Une balle a suffi

Au fumier pour ôter à la belle

Clarissa son sourire…. A jamais

 

Pourquoi ? Bon Dieu pourquoi ?

C’est vite vu.

C’est que chez ces gens là,

On tue

Oui de sang froid,

On tue

 

Ca lui a pas suffi au grand Black des banlieues

Il cherchait du Cacher : y en a à Saint Mandé

Et là, tranquillement, il tue. Il sait tirer.


On lui a bien appris : tu vises dans les yeux

 

Pourquoi ? Bon Dieu pourquoi ?

C’est vite vu.

C’est que chez ces gens là,

Le Juif c’est du gibier

Que de sang froid.

On tue

 

Alors, pris de nausée, les Français ont marché

Dimanche en criant: Nom de Dieu, c’est pas vrai !

On était tous Charlie, Flic, Juif, Clarissa.

On était révoltés

On s’est tenu la main, tous debout chez Voltaire

Par millions on marchait. On était tous des frères

 

 

Et on a regardé

Pour voir des fois si ces gens là….

…Mais il n’y étaient pas

C’est que chez ces gens là,

On marche pas

On marche pas…..

 

 

Après ce fut l’ bazar : Charlie a fait recette

Tout d’un coup par millions y s’ les sont arrachés

Ils voulaient tous avoir le dessin du Prophète

Disant, la larme à l’œil, qu’il fallait pardonner…

 

J’ai trouvé ça curieux, moi ! Gentil, mais bizarre !

Mahomet pour une fois avait l’air d’un bon gars.

Alors je me suis dit : Bon, c’est pour les calmer

C’est pour les rassurer, pour pas ‘amalgamer’ !...

 

Parce que chez ces gens là,

On se marre pas

Oh non, on se marre pas

On sait pas se marrer

 

 

Et puis, par ci par là des voix se sont levées

D’abord faibles, pour dire qu’on les avait ‘blessées’

La Une de Charlie insultait le Prophète !!!

Mais ils n’ont rien compris !

Faut il donc qu’ils soient bêtes ?

Charlie vous a tendu la main, les mecs !

 

Mais rien n’y fit :

Des gus, dans des mosquées, dans des pays lointains

Se sont mis à hurler, à nous traiter de chiens

A brûler des drapeaux, à réclamer des têtes

Répétant que Charlie l’avait bien mérité

Et que leurs trois héros avaient tous très bien fait.

 

Pourquoi, Bon Dieu pourquoi ?

C’est que chez ces gens là,

On se marre pas : c’est pécher !

On ne sait même pas épeler le mot Paix

Non, non, chez ces gens là,

On ne sait que haïr,

Et à mort condamner.

 

 

Alors moi je supplie tous ceux qui sont là haut :

Brel, Brassens, Cabu, Voltaire, Diderot,

Averroès aussi et même Mahomet

D’aller dire au bon Dieu, pour une fois, qu’il se bouge

Qu’il dise à ces gens là

A tous ces gens là

Qu’ils en ont assez fait

Qu’on cesse de hurler qu’il faudrait en Son Nom

Tuer des innocents ou brûler des enfants,

Et qu’ils apprennent enfin simplement à s’ marrer

Ceux qui ne savent pas ce qu’est la liberté.

 

Et à toi mon ami, habité par la foi

Toi qui prie en ton cœur sincère et véritable

Je dis : indigne toi, viens pleurer avec moi !

Viens clamer haut et fort que : non tu n’en es pas

De ces gens là qui ne savent pas marcher

Ni de ces gens là qui ne savent pas se marrer

Ni encore moins de ces gens là

Qui veulent de sang froid tous nous tuer.

 

 

Robert Boublil

 

 

En hommage à Jacques Brel

 

20/1/2015

 

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01 janvier 2015

Bonne année 2015

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AVEC TOUS MES MEILLEURS VOEUX ( OU PLUTÔT RÊVES) POUR 2015 À MES AMIS FIDÈLES

 WITH ALL MY BEST WISHES (RATHER DREAMS) FOR 2015 TO MY OLD AND GOOD FRIENDS

 

Rêvons d'une année belle, où le temps sera doux

Une année de bonheur, de fêtes et de liesse

D'un PIB en crue, d'un déficit en baisse

D'un chômage en recul, d'un budget dans les clous

 

Rêvons aussi que dès le début de l'année

Les spectacles de mort, de folie et de feu

Quitteront nos écrans, laissant la place à ceux

Qui célèbrent la joie, la vie et la beauté

 

Un an sans Ebola, un an sans tsunami

Et qu'on retrouve enfin ces pauvres lycéennes

Enlevées par ces diables enragés, fous de haine

Qui n'aiment que le sang, la mort et les fusils

 

Et qu'un fort vent de sable traversant le Sahel

Enraye l'arsenal laissé par le tyran

Enterre ses fusils et ses couteaux sanglants

Et fige leurs porteurs en des statues de sel

 

Rêvons que l'inventeur sera nobelisé

D'un vaccin réservé aux classes politiques,

Et aussi aux champions de l’ordre économique

Les immunisant contre la cupidité...

 

...Et le mensonge aussi. Un remède sans doute

Devant s'administrer à tous les impétrants

Mais aussi et surtout, surtout aux gouvernants

Pour qu’ils cessent enfin du monde de se foutre

 

Que François, ayant dit leurs quinze vérités

Aux momies déguisées d'une Curie infâme

Puisse continuer, avec esprit et flamme

Son combat courageux contre la vanité

 

A propos: que le Sauveur autoproclamé

Veuille se consacrer à ses dossiers véreux.

Et seulement à eux: ils sont assez nombreux.

Qu'il renonce morbleu ! Qu’il déclare forfait !

 

Rêvons qu'à Washington, de séniles élus

Trompés par ses cheveux désormais grisonnants

Croiront leur président soudain devenu blanc

Et ainsi rassurés, ne l'entraveront plus.

 

Et qu'alors il pourra se mettre à accomplir

Ce dont on l'avait cru, un temps, déterminé:

Fermer Guantanamo, garantir la santé

Mettre fin aux écoutes et aux clubs de tir

 

Rêvons que, pénétré par un soudain remords,

Le nostalgique de Staline et des tsars,

Comprendra par lui même, avant qu'il soit trop tard,

Qu’avec un rouble en chute, il a forcément tort.

 

Et remisant sa morgue, ainsi que la vodka

Pour endormir des gens déjà anesthésiés.

Il rappellera ses soldats encagoulés

Trop contents de cesser de mourir dans la joie

 

Rêvons enfin que les chacals qui appellent

A la déportation, au meurtre des enfants,

Moquant les suppliciés et leurs égorgements

S'étouffent en faisant leurs infectes quenelles

 

Que ce siècle qui est un grand adolescent

Et qui a déjà fait couler beaucoup de sang

Ne veuille pas en boire plus que le précédent

Et qu’il laisse enfin vivre en paix les braves gens

 

Rêvons que cette année prendra un bon départ

Pour un monde assaini, vertueux, sans mafias

Et que, comme en Quatorze, on ne reparte pas

Dans un sens tournant plutôt au cauchemar.

 

Robert Boublil

tous droits réservés

 

English Translation   (by the author himself)

 

A good year 2015 Lets dream about it

 

 Lets dream of a fine year, with mild weather

A year of happiness, parties and joy

With GDP growing, deficit down,

Less unemployed and the Budget in line

 

Lets dream also that, from Day One,

Images of death, craziness and fire

Will exit from the screens and leave the floor

To those celebrating joy, life and beauty

 

An Ebola-free, Tsunami-free year

Releasing the poor schoolgirls

Taken away by enraged devils, full of hatred

Who love only blood, death and guns

 

Let a strong sand-wind cross the Sahel,

Jam all the weapons left by the tyrant,

Bury the guns and bloody knives

And stiffen their holders into salt-statues

 

May the Nobel prize go to the inventor

Of a vaccine destined to politicians

And champions of business,

That would immunize them against greed

 

And lies too. An injection, no doubt

Which should be shot to all concerned

But mostly to governments

So that they finally cut the shit

 

Let Pope Francis, who told their fifteen truths

To the disguised mummies in the infamous Curia

Be able to pursue, with whit and flame

His courageous crusade against vanity

 

Speaking of vanity : might the self-proclaimed Savior (of France)

Concentrate on his fraudy files

And only those : there are more than enough !

Let him got, for Heavens sake, let him step aside

 

Lets dream that in Washington, senile representatives,

Deceived by his hair becoming grey

Would beleive their president got suddenly white `

And so reassured, that they would get out of his way

 

Leaving him to accomplish those things

We once beleived he was committed to :

Close down Guatanamo, grant universal healthcare

Get rid of taping and shooting clubs

 

Lets dream that, hit by a sudden remorse

The nostalgic of Staline and the Tsars

Will find out by himself, before it is too late,

That a crashing rooble means he hasnt got it right

 

And putting aside arrogance and vodka

As anesthetics for people already half asleep

Will call back his masked soldiers

Only too happy to stop dying in joy

 

Lets dream, at last, that the jackals who call

For mass deportations and childrens killings,

Who mock the prisoners being decapitated

Will choke to death while doing their pricky salutes

 

Lets hope that this century, a teen-ager

Who has already shed a lot of blood,

Will not want to drink more of it than its predecessor

And decide to let people live in peace

 

Lets dream about a year that will get a good start

Towards a better world, virtuous, mafia-free

And that, unlike Fourteen, it will not

Head towards the zones of nightmare.

 

 

 

Robert Boublil

all rights reserved

 

 

 

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12 septembre 2012

Prégérination dans l'Espace Temps

Sculpture dédiée à Albert Einstein


(valise, cloche d'horloge, météorite, cadrans de montres sans aiguilles,

or,divers cristaux et métaux)

 

pérégrination

 

 

 

Ne cherche pas de sens aux aiguilles d'une montre

Le temps doit s'écouler inexorablement

Et s'il doit remonter, moi je ne suis pas contre

Car de toute façon il nous mène au néant

 

Robert Boublil

tous droits réservés

décembre 2009

 

 

 

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10 septembre 2012

Au Tribunal de l'Eternité (Crânes)

Arnold Pander est un grand artiste néerlandais. Sa production principale a été réalisée dans le domaine de la tapisserie. Une de ses dernières expositions à Berlin a présenté un pentaptyque représentant cinq crânes accompagné du poême ci dessous

 

craneAu Tribunal de l'Eternité

 

Formes surgies du néant,

Ecrins, un temps, de la pensée,

Vestiges de plus en plus blancs

De misérables destinées

 

Témoins d'un passé effacé,

Votre jugement au présent

Nous condamne à la vanité

Avec un rictus souriant

 

Vous nous rappelez souvent l'heure

Tel un miroir réfléchissant.

En vous regardant, notre peur

Rebondit sur vos ossements.

 

Signes de mort, preuves de vie,

Bien mieux que les divinités

Vous assumez à l’infini

Votre responsabilité.

 

La chair étant dilapidée,

Et l’âme ayant quitté les lieux,

L' Etre, comme fossilisé,

Se tient là où étaient vos yeux.

 

Texte de Robert Boublil

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Passagers de l'enfer

 

Tout commençait la nuit. Des huttes incendiées

galèreVous sortiez asphyxiés, hagards, pantelants

Arrachés au sommeil et à la liberté

Que l'on vous confisquait pour des siècles durant

 

Ces marchands capturaient seulement les valides

Massacrant sans pitié vieillards et enfants

Puis entassaient leurs proies dans des enfers putrides

Prochaine cargaison du négrier suivant.

 

Vous montiez enchainés à bord de leurs vaisseaux

N’étant désentravés que si vous étiez morts

Quand vous deveniez fous ou vous rebelliez trop

Ils vous jetaient sauvagement par dessus bord

 

Dans vos geôles obscures, l’immonde puanteur

La boue qu’on vous donnait à boire en guise d’eau

N’avaient d’égales en abjection et en horreur

Que la noirceur d’âme de vos cruels bourreaux

 

A l’arrivée enfin aux ports de l’infamie

Un répit vous était donné, trop éphémère,

Car afin de vous vendre aux planteurs à bon prix

Ils doublaient les rations qu’ils vous donnaient en mer

 

Mais bientôt revenait le temps de vos malheurs,

Labeur, viols et coups de fouet sur le dos

Et la méchanceté de vos maîtres planteurs

Vous accablait sur terre encor plus que sur l’eau

 

Au motif odieux que votre peau fut noire

Ils voulaient à tout prix vous déshumaniser

Mais la beauté des chants de votre désespoir

Condamne à jamais les bêtes qu’ils étaient.

 

 

Robert Boublil

Décembre 2009

 

Tous droits réservés

 

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10 mai 2009

Ecoute Israël (prière laïque)

Je suis - modestement - de trois ans ton aîné

Mon soutien t’est acquis depuis que tu es né

En toute occasion je t’ai été fidèle

Alors écoute moi ! Oui, écoute, Israël !

 

Tu n’avais que dix ans lorsque je t’ai connu.

Au milieu du désert, bourgeon réapparu,

Jardin luxuriant d’un univers de pierres.

Je n’y étais pour rien, mais Dieu que j’étais fier !

 

Tes pères fondateurs, porteurs d’un rêve fou

Issu d’un cauchemar, avaient pensé à tout.

Et pour bien mettre fin à vingt siècles d’errance

N’avaient qu’un seul projet : l’avenir de l’enfance.

 

Tout ce que j’avais vu m’avait émerveillé

Des senteurs du présent aux pierres du passé

Filles en uniforme, langue ressuscitée

Accent chantant de tous et solidarité

 

Tes universités, creusets d’intelligence

Accueillant les plus grands géants de la science.

Tes salles de concert où l’on jouait Schumann

Nous promettant déjà Barenboïm et Perlmann

 

Jeune démocratie, tu étais encerclée

Par des meutes hostiles et bien déterminées

A jeter à la mer enfants, femmes, aînés.

Pourtant des députés siégeaient en keffieh.

 

Intemporelle aussi, où survivants des camps,

Religieux en caftan et soldats souriants

Semblaient poser pour une incroyable photo

Sur les ruines figées des murs de Jéricho.

 

Un demi siècle après ma première visite

Dieu que tu as changé ! Et aujourd’hui j’hésite

A reconnaître en toi celui qui m’a séduit

Car à force d’épreuves, tu t’es trop endurci.

 

D’abord, à mon regret, c’est ton bel idéal

Qui a cédé la place aux lois du capital

Ton rêve égalitaire s’est comme évaporé

Laissant sécher la boue de la réalité.

 

Et puis, la religion !... Quelle erreur que voilà

D’avoir autant permis à tous ces croyants là

De s’occuper, outre de Dieu, de la cité

Et petit à petit de ses lois t’imprégner !

 

Alors que tu venais éclairer la région

Des lumières bénies de Rousseau et Proudhon

Des croyants fanatiques se disaient  investis

Des pouvoirs de Yahvé pour souffler ces bougies

 

Préférant semble-t-il la noirceur des ténèbres

Et prêchant pour ne pas laisser tomber la fièvre

Qui a mis l’arme en main du tueur de Rabin

Et la haine en son cœur afin qu’il l’assassine.

 

Ton armée elle aussi n’est plus ce qu’elle était

Et Tsahal a perdu son prestige passé.

Alors que tes soldats sont toujours des enfants

Tes généraux ne sont plus les héros d’antan.

 

Et si les Falachas ont consacré ta gloire

As tu bien eu raison d’accueillir et de croire

D’autres réfugiés venus de pays froids

Continuer chez toi leurs tournées de vodka 

 

Abrités sous l’auvent de la Loi du Retour

Ressuscitant Babel, reconstruisant sa tour,

Est ce par nostalgie d’un mur jadis détruit

Qu’ils souhaitent celui qu’on érige aujourd’hui ?

 

Lors, écoute moi bien, oui écoute Israël,

Contrairement à Dieu, tu n’es pas éternel.

Quand le dernier géant, Perez, sera parti,

Et qu’il ne restera, au faîte du pays

 

Que des petits formats assoiffés de pouvoir

Croyant que réciter la prière du soir

Est la solution et un très bon moyen

Pour éviter la guerre ou bien y mettre fin

 

Quand tous les populistes auront bien affûté

L’arme de ton suicide et l’auront préparé.

Quand tous les Philistins, exaspérés, déments,

Demanderont qu’explose la bombe des Persans,

 

Il ne restera rien - je ne suis pas oracle –

Rien de ce merveilleux, cet inouï miracle

Que j’avais entrevu avec mes yeux d’enfant,

Et auquel j’avais cru : Israël pour longtemps.

 

Ecoute, ô Israël, ma prière laïque

Et sache rappeler à tous tes politiques

Qu’il y a deux mille ans, le pays de Judas

A sombré aussi pour ces mêmes raisons-là.

 

Les fous sont à tes portes, certains déjà entrés

Dans ta frêle maison. Ne laisse pas passer

L’ultime occasion de vivre enfin en paix

Ecoute, petit frère, cesse de t’aveugler,

Force toi à la paix ! Accepte d’appliquer

La difficile loi de la fraternité.

 

 

Codicille pour mes cousins Palestiniens

 

Chers parents de Gaza, Samarie et Judée

Vous voulez un Etat, c’est certain vous l’aurez.

La patience toujours se voit récompensée,

Vous mêmes et Israël un jour serez en paix.

 

Il n’est pas d’autre choix : ni Israël ni vous

Ne pourrez bien longtemps, car vous n’êtes pas fous,

Continuer ainsi à nourrir cette guerre

Mais dites le vous bien : le plus dur reste à faire.

 

Ne croyez surtout pas qu’une fois proclamé

Votre Etat tiendra seul le cap de la paix.

Un Etat peut vouloir mais il ne peut pas tout

Et même les plus forts n’ont pu venir à bout

 

De ces illuminés qui sèment la terreur

Et veulent le pouvoir en imposant la peur.

Alors dites le fort : ‘Oui nous voulons la paix

Nous voulons des voisins avec qui travailler’

 

Et combattez ces fous qui eux n’en veulent pas

Faites taire leurs prêches, ignobles charabias

Qui ne promettent rien, sauf dans l’au delà

Et n’ont pour ambition qu’une nouvelle Shoah.

 

Robert Boublil

Mai 2015

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14 février 2009

LES DISPARUS

En 2008, après avoir refermé le livre de Daniel Mendelsohnn intitulé "Les Disparus", je réalisai une sculpture à partir d'une vieille valise, de quelques clous forgés rouillés, d'autres éléments en bois et en métal, et d'une peluche datant des années quarante.

En hommage à Mendelsohnn, je l'ai intitulée 'Les disparus', mais ne l'ai jamais exposée parce qu'elle tranche trop parmi mes autres sculptures dont la tonalité est généralement l'humour et la gaité. J'ai l'intention d'en faire don au Musée de la Shoah ou d'une autre institution qui acceptera de l'exposer.

L'affaire de l'infâme évêque négationniste Williamson, réintégré dans l'Eglise catholique par Benoît XVI après deux décennies d'excommunication, m'a donné envie de la montrer, accompagnée de quelques strophes.

disparus_2














Au nom des Disparus


Au nom des fidèles qui ont sali leur âme à écouter tes sermons

Au nom des pécheurs qui ont cru de bonne foi recevoir tes absolutions

Au nom des enfants qui ont eu le malheur de suivre tes enseignements et recevoir la bénédiction de tes mains 

           Maudit sois tu, Williamson !

Au nom des clercs à qui l’on a appris que tu allais réintégrer leur hiérarchie

Au nom des authentiques croyants de ton église que tu fais rougir de honte

Qui voudraient pouvoir gommer tes infamies  '

           Maudit sois tu, Williamson !

Au nom des prêtres qui ont risqué leur vie pour sauver des enfants

Au nom des nonnes qui les ont cachés et vite enseigné des prières qu’ils ne connaissaient pas

Au nom de Jean Paul, ce géant qui ne ne doutait pas qu’un nain lui succèderait

De Jean Marie, magnifique prince de l’Eglise, qui a fait réciter un kaddish à Notre Dame

           Maudit sois tu, Williamson !

Au nom des malheureux dont on a inscrit  les noms sur des listes infâmes                            
                                                                                                                                          
Au nom des vêtements sur lesquels on a cousu des étoiles de feutre jaune

Au nom des lunettes qu’on a arrachées et piétinées

Au nom des bijoux qu’on a volés et des tableaux de maîtres qu’on a emportés

Au nom des valises qu’on a fait remplir à la hâte

Au nom des wagons à bestiaux encore humides des larmes et du sang de ceux qu’ils ont transportés vers l’enfer

           Maudit sois tu, Williamson !

Au nom des belles jeunes filles à qui on a rasé la tête

Au nom des peluches qui ont, avec les enfants, fait un dernier voyage                   

Au nom des corps décharnés qui ont saigné sous la morsure des chiens-loups                

Au nom des cris de terreur des enfants séparés de leurs parents

Au nom des adieux faits dans l’hiver glacé par des familles épuisées et terrorisées

           Maudit sois tu, Williamson !

Au nom des mères qui, dans leur cachette, ont étouffé leurs bébés pour qu’on n’entende pas leurs cris

Au nom de ceux qui ont creusé des fosses avant d’y tomber sous les balles de leurs assassins

Au nom de ceux qui sont morts noyés dans le sang des malheureux qui y agonisaient

Au nom des bébés arrachés aux bras de leur mère avant d’être jetés vivants dans la fournaise

Au nom des vieillards à qui on a crevé les yeux et qu’on a fait danser avant de les abattre

Au nom des femmes enceintes terrorisées avant d’être violées puis éventrées

           Maudit sois tu, Williamson !

Au nom des millions de malheureux, morts de soif dans des wagons à bestiaux

Au nom des fusillés qu’on a d’abord déshabillés pour ne pas faire de trous dans leurs pyjamas rayés

Au nom du cœur des jeunes garçons et filles dans lequel on a enfoncé des aiguilles

Au nom des monceaux de cendres qui recouvrent les prairies de Pologne, d’Ukraine et d’ailleurs

Au nom des millions de poumons brûlant du feu du Zyclon B

Au nom des dents arrachées aux gazés encore vivants

Au nom des brûlés et des enterrés vivants

           Maudit sois tu, Williamson !

Au nom du Dieu dont tu prétends être un représentant sur Terre

Puisse tu t’étouffer dans ton propre venin, et connaître pour l’éternité les brûlures de ceux dont tu nies la souffrance.

Et n’oublie pas de te faire accompagner dans ton voyage en enfer de ces quelques autres monstres scélérats qui veulent, comme toi, effacer l’ineffaçable crime dont ils sont solidaires.

Puissiez vous une bonne fois pour toutes débarrasser notre monde de la pollution nauséabonde que votre haine lui inflige.


Robert Boublil

15 février 2009

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