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05 novembre 2017

Histoire de Rachel

 

Voici une histoire vraie, et difficile pourtant à croire: Rachel, deux fois raflée et 1942 et 1943, deux fois rescapée, raconte. Me raconte

Interview à voir en allant sur

http://www.akadem.org/sommaire/themes/histoire/temoignages/deux-fois-raflee-deux-fois-rescapee-29-05-2017-91176_4347.php

 

Histoire écrite à deux plumes et préfacée par Bertrand Delanoë, à lire en allant sur

 

 http://www.akadem.org/medias/documents/Histoire%20de%20Rachel%20final%20pdf.pdf

 

 

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04 novembre 2017

La mort ça vous connait..

 

Vous vendez des cercueils, avec ou sans poignées

En chêne ou en sapin, en fonction des budgets

Tout pour le funéraire, tombeaux, concessions,

Et caveaux de familles, parfois en promotion

Faire-parts imprimés, nécrologie, décès

Dans vos costumes noirs avec l'air attristé

Vous êtes à la fois convoyeurs, marbriers

Embaumeurs, fossoyeurs, fleuristes, menuisiers

La mort ça vous connaît, elle est votre associée.

 

Le dimanche matin avec tous vos copains

En tenue vert kaki, le fusil à la main

Vous tirez des faisans, des lièvres, des perdrix

Vous en descendez cinq au moins, peut être dix

En fin d'après-midi midi vous avez à vos pieds

Pelages bien gluants, plumes ensanglantées

Du gibier étalé et des chiens qui aboient

Vous vous partagez ce qui pue un peu déjà 

La mort ça vous connaît, vous savez la donner

 

Carcasses accrochées dans d'immenses frigos

Couteaux à affûter, bien racler les billots

Une scie pour les os, des bacs pour les abats

Abattre proprement, ne pas jeter le gras

Plumer tous les poulets qu'on va vendre au marché

Les vider. Mettre à part les foies et les gésiers

Sacrifice achevé, le poids sera inscrit

Des différents morceaux vous fixerez le prix

La mort ça vous connaît, vous savez l'emballer

 

Du couteau simple au plus dangereux des canons,

Vous vendez tout: fusils, pistolets, munitions 

Grenades, silencieux. Tout est là pour tuer

A des prix accessibles. Visa est accepté

Vos notices techniques, excellents documents

Nous rappellent que comme tout, la mort se vend

Au détail ou en gros. Un commerce global

Dans lequel on peut faire un profit colossal

La mort ça vous connaît, vous la distribuez

 

Dans vos beaux uniformes aux képis étoilés

Ayant d'abord chiffré les pertes estimées

(Combien d'hommes mourront pour cette position?)

Vous ordonnez l'assaut, baïonnette au canon.

Puis on ramassera les morts et les blessés

Ceux-ci seront soignés et ceux-là enterrés.

Ils feront bien le tri à l'hôpital du front

Quelques uns parmi vous gagneront des galons

La mort ça vous connaît, elle est votre fierté.

 

On le sait, vous aimez beaucoup être filmés

Au moment décisif où vous décapitez

Avec vos longues lames vos malheureux otages

Sous vos cagoules noires de bourreaux d'un autre âge

Délinquants de banlieues, crétins illuminés

Invoquant votre Dieu au moment d'égorger

C'est vrai, vous faites peur. C'est ce que vous voulez

Et l'horreur vous sied tant que vous lui ressemblez

La mort ça vous connaît, vous vous en régalez.

 

Potentats de quartiers, tyrans génocidaires

Ne sachant qui de vous sont les plus sanguinaires

Rivalisant de toujours plus de cruauté 

Chefs de guerre, maffieux qui payez pour tuer

Vous ordonnez et demandez à vos sicaires

Les preuves ( doigts coupés?). Et ils devront se taire.

Vu qu'ils en sauront trop, eux mêmes finiront

Noyés dans du béton ou pendus sous un pont

La mort ça vous connaît. Elle est votre monnaie

 

Commandants, chefs de camps, kapos embrigadés

Qui la nuit au milieu des cadavres couchés

Marchez, l'air satisfait, du travail bien mené

Ces femmes, ces enfants, que vous avez tués

Vous avez tout conçu: sélectionner, gazer

Abattre quelquefois pour mieux terroriser

Déshabiller, voler, affamer, humilier

Appeler dans le froid et à la fin brûler

La mort ça vous connaît. Elle est votre métier

 

 

Vous les servants vaillants de la Grande Faucheuse

Qui votre vie durant, à sa besogne odieuse,

Ses funestes projets, avez prêté la main

C'est vous que votre idole viendra cueillir enfin

Thanatocrates de tout poil, tueurs zélés,

Qui la donnez, comptez, ordonnez, et gérez,

Et qui toujours l'aimez, avez vous bien compris.

Le désastre que c'est que de perdre la vie?

 

Est ce que vous savez, quand sonnera votre heure,

Que vous voudrez pleurer et que vous aurez peur?

Que votre agonie dure un an ou dix secondes

Le chemin sera long pour sortir de ce monde

Même si, fous de Dieu, vous vous faire sauter

Avec vos propres bombes, avant, vous tremblerez.

Vos carcasses seront secouées par l'effroi 

Et bien que transpirant de peur, vous aurez froid

 

Et soif aussi mais l'eau glissera sur vos lippes

Et une odeur infecte sortira de vos tripes

Vos poumons ne pourront aspirer aucun air

La douleur plantera ses dents dans vos viscères

Le moindre mouvement fera un mal de chien

Malgré vos yeux ouverts, vous ne verrez plus rien

 

Ainsi, nous le savons, vous aussi souffrirez

Et vous implorerez peut être la pitié

La pitié! Vous savez? Ce qui vous a manqué 

Quand les cadavres près de vous refroidissaient

Ou quand la camarde se servait de vos mains.

Pitié, car la mort ça vous connaîtra enfin.

 

Quand le monde de vous sera débarrassé 

Il sera temps alors de nous mettre à prier

Pour qu'éternellement vous ayez à payer

Le prix de ces vies que vous avez enlevées,

Et que les millions d'yeux des malheureux fantômes

Morts à cause de vous, viennent hanter vos tombes.

 

 

 

Robert BOUBLIL

Novembre 2017

 

 

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03 novembre 2017

Raconte mon Histoire

Le 10 octobre 2017 a été présenté mon premier film: Raconte mon Histoire.
sur un poème écrit par moi même et lu à l'occasion du dévoilement d'une plaque commémorant la déportation de 101 enfants juifs, dans le jardin Joseph Migneret, Paris (4ème)

Il a fait déjà été sélectionné par 3 festivals . Vous pouvez visionner le film en allant sur

https://vimeo.com/227087659

mot de passe : URUBU_RACONTE 

 

ou en vous rendant sur le site web du film

racontemonhistoire.com

 

 

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24 mai 2015

Avis de nuit et de Brouillard (4)

Nous n'en parlerons pas

 

Nous n’en parlerons pas ! Ca va les ennuyer

Et s’ils m’ont invité, c’est pour boire un café

Pas pour leur raconter ma sombre destinée

Non, non ! Et puis d’abord, à quoi sert d’en parler?

 

Les souffrances d’autrui, c’est bon pour la télé

Mais entendre quelqu’un à qui c’est arrivé…

C’est autre chose ! Non, nous n’en parlerons pas !

A quoi bon remuer ?...Et puis c’est loin tout ça,

 

Et incroyable aussi : revenir de l’enfer !

Ils ne comprendraient pas. Alors mieux vaut se taire

Et je ne pourrai pas, ne serait-ce qu’une fois

Soutenir des regards qui ne me croiront pas

 

De plus, ces braves gens pourraient se demander

Comment j’ai pu sortir de là… Comment j’ai fait

Pour résister au froid, au typhus, à la faim

Et pour rester debout aux appels quotidiens

 

Comment j’ai supporté les morsures des chiens

Et face à l’infinie cruauté des gardiens

Comment je me suis tu. Ils pourraient en douter,

Me prendre pour un fou, et pourquoi pas ? Nier !

 

Pire : ils pourraient penser que si j’ai survécu

Si au camp on ne m’a ni gazé ni pendu

C’est que j’ai fait partie d’un de ces commandos

Qui ramassaient les morts et poussaient les chariots

 

Pardonne-t-on à qui a vu tuer son père 

Ou laissé arracher l’or des dents de sa mère,

Vu brûler des enfants ?.…Sans rien faire aux tueurs !...

Ou leur obéissant parce qu’on avait peur !

 

Ils pourraient me juger, eux qui n’y étaient pas

Et puis me condamner d'avoir osé voir ça.

Comment comprendraient ils que l’homme qui était là

N’était qu’un numéro tatoué sur un bras

 

Un simple corps vivant mais sans identité

Témoin de l’indicible, de l’enfer échappé.

Nous n’en parlerons pas. Car le sort des damnés

Ne se partage pas. Allons boire ce café.

 

Robert Boublil

22 mai 2015

 

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Avis de Nuit et de Brouillard (3)

Raconte mon histoire

 

Raconte mon histoire car moi je ne peux pas.

 

J’étais enfant alors, ça fait longtemps déjà

On habitait Saint Paul, mon nom c’était Maurice

Papa était tailleur, maman était nourrice.

 

Chez nous c’était petit, mais on y était bien

J’avais plein de cahierss, je ne sais plus combien

Papa était très fier car j'y dessinais tout

Pendant que lui cousait. Ses cheveux étaient roux

 

Raconte mon histoire car moi je ne peux plus

Maman était très belle et elle aurait voulu

Qu’après, une fois grand, je devienne docteur…

Ils ont sonné très fort. Elle m’a dit : ‘n’aie pas peur’…

 

Dis bien comment ils ont enfoncé notre porte

Ils voulaient qu’on s’habille vite et puis qu’on sorte

Maman criait très fort. Alors ils l’ont frappée.

Et dans la rue en bas, le bus nous attendait.

 

Papa voulait savoir où on nous emmenait

Mais l’agent l’a poussé et il l’a fait tomber.

Au Vel d’hiv, tu le sais toi ! Alors dis leur :

Tous ces gens entassés et qui avaient très peur.

 

Moi, je ne pourrai pas, c’était il y a longtemps

Je bouchais mon nez dans ces WC dégoutants

On avait soif. Pas d’eau. Ma sœur Rebecca

S’était évanouie dans les bras de Papa

 

Toi qui n’étais pas né en ce temps là, dis leur !

Tu n’étais pas monté dans ces bus de malheur

Ils ne t’avaient pas vu, donc tu étais sauvé

Et alors maintenant à toi de raconter

 

Fais le pour moi et pour mon père et pour ma mère

Pour Rebecca aussi, et ceux qu’ils ont fait taire

Pour mon ami pianiste, le petit Nathaniel,

Qui ne jouera jamais à la Salle Pleyel

 

Pour tous les camarades avec qui je jouais

Dans le jardin d'enfants. Enfants qui promettaient

De devenir docteurs, comptables ou musiciens

Mais qu’ils ont entassés dans ces infâmes trains.

 

Tu dois la raconter mon histoire ! Promet !

J’ai même pas cinq ans !  Et puis comment parler 

Quand ma mère me serre très fort contre son sein

Et puis que je suis mort, avec elle, dans le train.

 

Robert Boublil                                                                       

20/5/15

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19 mai 2015

Avis de Nuit et de Brouillard (2)

Plaques  derrière vous......

Plaques accrochées à d'austères frontons gris

Exhortant à ne pas oublier les petits

Qu'un jour on a raflés et conduits à l'enfer

Hommages éternels gravés dans votre pierre.

 

Derrière vous l'école, même odeur, mêmes bruits

Cloche, récréation, enfants qui courent et rient

Sous ce même préau où d'autres sont partis

Quand des loups sanguinaires un jour les ont surpris

 

Des loups cachés sous le cuir de leurs longs manteaux

Qui hurlaient : « Tennenbaum, Salomon, Trigano… »

Aux gamins pétrifiés qu’ils venaient emporter.

Une fois capturés, la classe reprenait.

 

De vos lettres gravées vous nous les rappelez

Plaques, ces tout petits, eux qui n'avaient rien fait.

Punis? D'avoir crié Maman? Ils avaient peur

Le garçon tient la main de sa petite sœur

 

Lettres blanches ou noires, en bas-reliefs, dorées… :

« ...Dans cette école... Là... Ils étaient des milliers...

Parce que Juifs.... Ici .... Ils habitaient Paris ...

Victimes de Vichy et de la barbarie… »

 

Mais on voudrait savoir: ces enfants enlevés,

Comment s'appelaient ils pendant qu'ils s'amusaient ?

Plaques, derrière vous et sur ces petits bancs

Étaient assis Simon, Déborah, Jonathan

 

Sarah et Benjamin. Et que leur a t on fait ?

Plaques, derrière vous on voit de la fumée

Des barbelés, des trains, et des chiens qui mordaient

Les petits prisonniers, David, Salomé…

 

Plus tard, des gens sérieux venus vous accrocher

Ont dit : "plus jamais ça" ou " n'oublions jamais"

Mais ceux qui aujourd'hui, assis derrière vous

Vincent, Ahmed, Sophie savent ils que les loups

 

Sont revenus avec couteaux et pistolets

Et que même certains ont déjà dévoré

D'autres petits enfants, Raphael, Rebecca,

Accusés d'avoir fait plein de morts à Gaza

 

Plaques, vous n'avez donc pas pu les arrêter ?

Secrètement ces loups vous ont ils descellées?

Ou bien les cancrelats grouillant derrière vous

Vous ont ils gangrenées en vous criblant de trous?

 

Les loups cette fois ci ne portent plus de cuir

Mais sont aussi cruels. Leur haine est même pire

Ils ne déportent pas eux, ils œuvrent surplace

Et cachent leurs petits sur les bancs de la classe.

 

 

Robert BOUBLIL

 

Mai 2015

 

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