En 2008, après avoir refermé le livre de Daniel Mendelsohnn intitulé "Les Disparus", je réalisai une sculpture à partir d'une vieille valise, de quelques clous forgés rouillés, d'autres éléments en bois et en métal, et d'une peluche datant des années quarante.

En hommage à Mendelsohnn, je l'ai intitulée 'Les disparus', mais ne l'ai jamais exposée parce qu'elle tranche trop parmi mes autres sculptures dont la tonalité est généralement l'humour et la gaité. J'ai l'intention d'en faire don au Musée de la Shoah ou d'une autre institution qui acceptera de l'exposer.

L'affaire de l'infâme évêque négationniste Williamson, réintégré dans l'Eglise catholique par Benoît XVI après deux décennies d'excommunication, m'a donné envie de la montrer, accompagnée de quelques strophes.

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Au nom des Disparus


Au nom des fidèles qui ont sali leur âme à écouter tes sermons

Au nom des pécheurs qui ont cru de bonne foi recevoir tes absolutions

Au nom des enfants qui ont eu le malheur de suivre tes enseignements et recevoir la bénédiction de tes mains 

           Maudit sois tu, Williamson !

Au nom des clercs à qui l’on a appris que tu allais réintégrer leur hiérarchie

Au nom des authentiques croyants de ton église que tu fais rougir de honte

Qui voudraient pouvoir gommer tes infamies  '

           Maudit sois tu, Williamson !

Au nom des prêtres qui ont risqué leur vie pour sauver des enfants

Au nom des nonnes qui les ont cachés et vite enseigné des prières qu’ils ne connaissaient pas

Au nom de Jean Paul, ce géant qui ne ne doutait pas qu’un nain lui succèderait

De Jean Marie, magnifique prince de l’Eglise, qui a fait réciter un kaddish à Notre Dame

           Maudit sois tu, Williamson !

Au nom des malheureux dont on a inscrit  les noms sur des listes infâmes                            
                                                                                                                                          
Au nom des vêtements sur lesquels on a cousu des étoiles de feutre jaune

Au nom des lunettes qu’on a arrachées et piétinées

Au nom des bijoux qu’on a volés et des tableaux de maîtres qu’on a emportés

Au nom des valises qu’on a fait remplir à la hâte

Au nom des wagons à bestiaux encore humides des larmes et du sang de ceux qu’ils ont transportés vers l’enfer

           Maudit sois tu, Williamson !

Au nom des belles jeunes filles à qui on a rasé la tête

Au nom des peluches qui ont, avec les enfants, fait un dernier voyage                   

Au nom des corps décharnés qui ont saigné sous la morsure des chiens-loups                

Au nom des cris de terreur des enfants séparés de leurs parents

Au nom des adieux faits dans l’hiver glacé par des familles épuisées et terrorisées

           Maudit sois tu, Williamson !

Au nom des mères qui, dans leur cachette, ont étouffé leurs bébés pour qu’on n’entende pas leurs cris

Au nom de ceux qui ont creusé des fosses avant d’y tomber sous les balles de leurs assassins

Au nom de ceux qui sont morts noyés dans le sang des malheureux qui y agonisaient

Au nom des bébés arrachés aux bras de leur mère avant d’être jetés vivants dans la fournaise

Au nom des vieillards à qui on a crevé les yeux et qu’on a fait danser avant de les abattre

Au nom des femmes enceintes terrorisées avant d’être violées puis éventrées

           Maudit sois tu, Williamson !

Au nom des millions de malheureux, morts de soif dans des wagons à bestiaux

Au nom des fusillés qu’on a d’abord déshabillés pour ne pas faire de trous dans leurs pyjamas rayés

Au nom du cœur des jeunes garçons et filles dans lequel on a enfoncé des aiguilles

Au nom des monceaux de cendres qui recouvrent les prairies de Pologne, d’Ukraine et d’ailleurs

Au nom des millions de poumons brûlant du feu du Zyclon B

Au nom des dents arrachées aux gazés encore vivants

Au nom des brûlés et des enterrés vivants

           Maudit sois tu, Williamson !

Au nom du Dieu dont tu prétends être un représentant sur Terre

Puisse tu t’étouffer dans ton propre venin, et connaître pour l’éternité les brûlures de ceux dont tu nies la souffrance.

Et n’oublie pas de te faire accompagner dans ton voyage en enfer de ces quelques autres monstres scélérats qui veulent, comme toi, effacer l’ineffaçable crime dont ils sont solidaires.

Puissiez vous une bonne fois pour toutes débarrasser notre monde de la pollution nauséabonde que votre haine lui inflige.


Robert Boublil

15 février 2009

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