Tout commençait la nuit. Des huttes incendiées

galèreVous sortiez asphyxiés, hagards, pantelants

Arrachés au sommeil et à la liberté

Que l'on vous confisquait pour des siècles durant

 

Ces marchands capturaient seulement les valides

Massacrant sans pitié vieillards et enfants

Puis entassaient leurs proies dans des enfers putrides

Prochaine cargaison du négrier suivant.

 

Vous montiez enchainés à bord de leurs vaisseaux

N’étant désentravés que si vous étiez morts

Quand vous deveniez fous ou vous rebelliez trop

Ils vous jetaient sauvagement par dessus bord

 

Dans vos geôles obscures, l’immonde puanteur

La boue qu’on vous donnait à boire en guise d’eau

N’avaient d’égales en abjection et en horreur

Que la noirceur d’âme de vos cruels bourreaux

 

A l’arrivée enfin aux ports de l’infamie

Un répit vous était donné, trop éphémère,

Car afin de vous vendre aux planteurs à bon prix

Ils doublaient les rations qu’ils vous donnaient en mer

 

Mais bientôt revenait le temps de vos malheurs,

Labeur, viols et coups de fouet sur le dos

Et la méchanceté de vos maîtres planteurs

Vous accablait sur terre encor plus que sur l’eau

 

Au motif odieux que votre peau fut noire

Ils voulaient à tout prix vous déshumaniser

Mais la beauté des chants de votre désespoir

Condamne à jamais les bêtes qu’ils étaient.

 

 

Robert Boublil

Décembre 2009

 

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