Ces gens là !

 

D’abord…

 

D’abord ce fut le choc ! Mes amis massacrés !

Dessinateurs géniaux, marrants, outrecuidants

Wolinski, Charb, Cabu, et autres insolents

Flingués par deux tueurs… Comme dans une Série B

 

Puis y en a eu un autre : un Black au regard doux,

Mais à la tête remplie de boue.

Lui tout ce qu’il voulait, c’est vider son chargeur.

Sur des enfants. Des enfants juifs, bien sûr

A Montrouge : une école …..

 

Mais voilà que bloqué par la circulation

Le fou prend Clarissa pour cible. Elle, si jolie

Sous son képi de flic. Une balle a suffi

Au fumier pour ôter à la belle

Clarissa son sourire…. A jamais

 

Pourquoi ? Bon Dieu pourquoi ?

C’est vite vu.

C’est que chez ces gens là,

On tue

Oui de sang froid,

On tue

 

Ca lui a pas suffi au grand Black des banlieues

Il cherchait du Cacher : y en a à Saint Mandé

Et là, tranquillement, il tue. Il sait tirer.


On lui a bien appris : tu vises dans les yeux

 

Pourquoi ? Bon Dieu pourquoi ?

C’est vite vu.

C’est que chez ces gens là,

Le Juif c’est du gibier

Que de sang froid.

On tue

 

Alors, pris de nausée, les Français ont marché

Dimanche en criant: Nom de Dieu, c’est pas vrai !

On était tous Charlie, Flic, Juif, Clarissa.

On était révoltés

On s’est tenu la main, tous debout chez Voltaire

Par millions on marchait. On était tous des frères

 

 

Et on a regardé

Pour voir des fois si ces gens là….

…Mais il n’y étaient pas

C’est que chez ces gens là,

On marche pas

On marche pas…..

 

 

Après ce fut l’ bazar : Charlie a fait recette

Tout d’un coup par millions y s’ les sont arrachés

Ils voulaient tous avoir le dessin du Prophète

Disant, la larme à l’œil, qu’il fallait pardonner…

 

J’ai trouvé ça curieux, moi ! Gentil, mais bizarre !

Mahomet pour une fois avait l’air d’un bon gars.

Alors je me suis dit : Bon, c’est pour les calmer

C’est pour les rassurer, pour pas ‘amalgamer’ !...

 

Parce que chez ces gens là,

On se marre pas

Oh non, on se marre pas

On sait pas se marrer

 

 

Et puis, par ci par là des voix se sont levées

D’abord faibles, pour dire qu’on les avait ‘blessées’

La Une de Charlie insultait le Prophète !!!

Mais ils n’ont rien compris !

Faut il donc qu’ils soient bêtes ?

Charlie vous a tendu la main, les mecs !

 

Mais rien n’y fit :

Des gus, dans des mosquées, dans des pays lointains

Se sont mis à hurler, à nous traiter de chiens

A brûler des drapeaux, à réclamer des têtes

Répétant que Charlie l’avait bien mérité

Et que leurs trois héros avaient tous très bien fait.

 

Pourquoi, Bon Dieu pourquoi ?

C’est que chez ces gens là,

On se marre pas : c’est pécher !

On ne sait même pas épeler le mot Paix

Non, non, chez ces gens là,

On ne sait que haïr,

Et à mort condamner.

 

 

Alors moi je supplie tous ceux qui sont là haut :

Brel, Brassens, Cabu, Voltaire, Diderot,

Averroès aussi et même Mahomet

D’aller dire au bon Dieu, pour une fois, qu’il se bouge

Qu’il dise à ces gens là

A tous ces gens là

Qu’ils en ont assez fait

Qu’on cesse de hurler qu’il faudrait en Son Nom

Tuer des innocents ou brûler des enfants,

Et qu’ils apprennent enfin simplement à s’ marrer

Ceux qui ne savent pas ce qu’est la liberté.

 

Et à toi mon ami, habité par la foi

Toi qui prie en ton cœur sincère et véritable

Je dis : indigne toi, viens pleurer avec moi !

Viens clamer haut et fort que : non tu n’en es pas

De ces gens là qui ne savent pas marcher

Ni de ces gens là qui ne savent pas se marrer

Ni encore moins de ces gens là

Qui veulent de sang froid tous nous tuer.

 

 

Robert Boublil

 

 

En hommage à Jacques Brel

 

20/1/2015

 

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