Je suis - modestement - de trois ans ton aîné

Mon soutien t’est acquis depuis que tu es né

En toute occasion je t’ai été fidèle

Alors écoute moi ! Oui, écoute, Israël !

 

Tu n’avais que dix ans lorsque je t’ai connu.

Au milieu du désert, bourgeon réapparu,

Jardin luxuriant d’un univers de pierres.

Je n’y étais pour rien, mais Dieu que j’étais fier !

 

Tes pères fondateurs, porteurs d’un rêve fou

Issu d’un cauchemar, avaient pensé à tout.

Et pour bien mettre fin à vingt siècles d’errance

N’avaient qu’un seul projet : l’avenir de l’enfance.

 

Tout ce que j’avais vu m’avait émerveillé

Des senteurs du présent aux pierres du passé

Filles en uniforme, langue ressuscitée

Accent chantant de tous et solidarité

 

Tes universités, creusets d’intelligence

Accueillant les plus grands géants de la science.

Tes salles de concert où l’on jouait Schumann

Nous promettant déjà Barenboïm et Perlmann

 

Jeune démocratie, tu étais encerclée

Par des meutes hostiles et bien déterminées

A jeter à la mer enfants, femmes, aînés.

Pourtant des députés siégeaient en keffieh.

 

Intemporelle aussi, où survivants des camps,

Religieux en caftan et soldats souriants

Semblaient poser pour une incroyable photo

Sur les ruines figées des murs de Jéricho.

 

Un demi siècle après ma première visite

Dieu que tu as changé ! Et aujourd’hui j’hésite

A reconnaître en toi celui qui m’a séduit

Car à force d’épreuves, tu t’es trop endurci.

 

D’abord, à mon regret, c’est ton bel idéal

Qui a cédé la place aux lois du capital

Ton rêve égalitaire s’est comme évaporé

Laissant sécher la boue de la réalité.

 

Et puis, la religion !... Quelle erreur que voilà

D’avoir autant permis à tous ces croyants là

De s’occuper, outre de Dieu, de la cité

Et petit à petit de ses lois t’imprégner !

 

Alors que tu venais éclairer la région

Des lumières bénies de Rousseau et Proudhon

Des croyants fanatiques se disaient  investis

Des pouvoirs de Yahvé pour souffler ces bougies

 

Préférant semble-t-il la noirceur des ténèbres

Et prêchant pour ne pas laisser tomber la fièvre

Qui a mis l’arme en main du tueur de Rabin

Et la haine en son cœur afin qu’il l’assassine.

 

Ton armée elle aussi n’est plus ce qu’elle était

Et Tsahal a perdu son prestige passé.

Alors que tes soldats sont toujours des enfants

Tes généraux ne sont plus les héros d’antan.

 

Et si les Falachas ont consacré ta gloire

As tu bien eu raison d’accueillir et de croire

D’autres réfugiés venus de pays froids

Continuer chez toi leurs tournées de vodka 

 

Abrités sous l’auvent de la Loi du Retour

Ressuscitant Babel, reconstruisant sa tour,

Est ce par nostalgie d’un mur jadis détruit

Qu’ils souhaitent celui qu’on érige aujourd’hui ?

 

Lors, écoute moi bien, oui écoute Israël,

Contrairement à Dieu, tu n’es pas éternel.

Quand le dernier géant, Perez, sera parti,

Et qu’il ne restera, au faîte du pays

 

Que des petits formats assoiffés de pouvoir

Croyant que réciter la prière du soir

Est la solution et un très bon moyen

Pour éviter la guerre ou bien y mettre fin

 

Quand tous les populistes auront bien affûté

L’arme de ton suicide et l’auront préparé.

Quand tous les Philistins, exaspérés, déments,

Demanderont qu’explose la bombe des Persans,

 

Il ne restera rien - je ne suis pas oracle –

Rien de ce merveilleux, cet inouï miracle

Que j’avais entrevu avec mes yeux d’enfant,

Et auquel j’avais cru : Israël pour longtemps.

 

Ecoute, ô Israël, ma prière laïque

Et sache rappeler à tous tes politiques

Qu’il y a deux mille ans, le pays de Judas

A sombré aussi pour ces mêmes raisons-là.

 

Les fous sont à tes portes, certains déjà entrés

Dans ta frêle maison. Ne laisse pas passer

L’ultime occasion de vivre enfin en paix

Ecoute, petit frère, cesse de t’aveugler,

Force toi à la paix ! Accepte d’appliquer

La difficile loi de la fraternité.

 

 

Codicille pour mes cousins Palestiniens

 

Chers parents de Gaza, Samarie et Judée

Vous voulez un Etat, c’est certain vous l’aurez.

La patience toujours se voit récompensée,

Vous mêmes et Israël un jour serez en paix.

 

Il n’est pas d’autre choix : ni Israël ni vous

Ne pourrez bien longtemps, car vous n’êtes pas fous,

Continuer ainsi à nourrir cette guerre

Mais dites le vous bien : le plus dur reste à faire.

 

Ne croyez surtout pas qu’une fois proclamé

Votre Etat tiendra seul le cap de la paix.

Un Etat peut vouloir mais il ne peut pas tout

Et même les plus forts n’ont pu venir à bout

 

De ces illuminés qui sèment la terreur

Et veulent le pouvoir en imposant la peur.

Alors dites le fort : ‘Oui nous voulons la paix

Nous voulons des voisins avec qui travailler’

 

Et combattez ces fous qui eux n’en veulent pas

Faites taire leurs prêches, ignobles charabias

Qui ne promettent rien, sauf dans l’au delà

Et n’ont pour ambition qu’une nouvelle Shoah.

 

Robert Boublil

Mai 2015

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