Première partie :     

 

En mai 2015, en taillant un arbre de mon jardin, je tombais de mon échelle. Aucune douleur ni trouble ne résulta de cette chute. Vers la fin juin 2015, je me mis à tituber, bafouiller et avoir d’insupportables maux de tête. Cédant à l'insistance de mes proches, j’allais consulter mon médecin qui ne tarda pas à faire procéder à des examens d’imagerie médicale qui révélèrent d’importants hématomes ‘sous duraux’ occupant une bonne partie de ma boîte crânienne. Hospitalisé d’urgence à Sainte Anne à Paris, je subissais dans la nuit du 1er juillet une opération chirurgicale majeure qui me sauva la vie. A quelques jours (ou même heures) près, le traumatisme crânien consécutif à la chute de l'échelle m’aurait sans doute emporté.

Heureux (c'est peu dire!) de m’en être tiré, je rédigeais, quelques jours après mon réveil ce qui suit, pour rendre hommage au Docteur Abi-Lahoud qui m'opéra :

 

Le rat est mort, vive la vie! 

 

Le mort c'est le rat! Et moi le rescapé

L'intrus, et c'est bien fait, a été extirpé

Éradiqué, flingué, liquidé, ventilé

Dispersé "façon puzzle", trucidé, dégommé

 

Alors que je cherchais la lumière du ciel

Perché (je sais: trop haut!) au bout de mon échelle

A couper quelques branches de notre magnolia il

Ce fut la chute: Boum, caduto, patatras...

 

Un rat, alors, affreux et noir comme le deuil

S'est faufilé chez moi et a franchi mon seuil.

Pour prendre domicile dans un coin de mon crâne

Et piller doucement mes réserves. L'infâme!

 

Sournois, silencieux, le perfide rongeur

A pris tout son temps pour son funeste labeur:

Pour découvrir le mal qu'il instillait en moi

Il a fallu longtemps : ça a pris un bon mois.

 

Un mois pour parvenir à me faire trébucher,

Bredouiller, m'épuiser et sans même laisser

Une trace montrant d'où son poison venait,

Ne faisant aucun bruit signalant qu'il passait

 

Un mois pour grignoter lentement mon cerveau

Mais pour ronger aussi d'anxiété, (le salaud!)

La femme que j'adore et qui prend soin de moi

Et toute ma famille qu'il a mis en émoi

 

Le hideux, le sournois: s'en prendre à ma cervelle !

La broyer calmement dans son étau mortel!

Tapi au fond de moi pour mieux s'y protéger

En se disant que là, nul ne le chasserait

 

Il ne se doutait pas, l'innommable rongeur

Qu'un jour interviendrait, pour mon plus grand bonheur

Un neuro- chirurgien: un champion du scalpel

Qui lui ferait payer le viol de ma cervelle

 

Docteur Abi -Lahoud, Georges c'est son prénom.

Yeux clairs, léger accent de Chrétien du Liban

Sorte de Capitaine Conan du bistouri

Qui sait traquer la bête jusqu'au fond de son nid

 

Alors j'ai survécu. Ah que la vie et belle!

Je revis. Et le rat lui est dans la poubelle

J'ai eu droit grâce aux mains d'un Libanais joyeux

A un bail reconduit. Dire merci à Dieu?

 

Non : Georges, c'est à toi que je veux dire merci

Avec fraternité, pudeur et sans flagornerie:

De tous les étrangers qui ont croisé ma route

Tu es mon préféré, Docteur Abi-Lahoud

 

 Robert Boublil

7 juillet 2015         Tous droits réservés

 

Deuxième partie :      

 

En juillet 2015, alors que je me remettais, à la maison de l’opération qui me sauva la vie, je fus pris de nausées et de vertiges. Les examens auxquels il fut procédé révélèrent une récidive des saignements intra crâniens. Hospitalisé pour la deuxième fois, je subissais dans la nuit du 24 juillet une nouvelle opération beaucoup plus lourde et longue que la première.

Une fois orti de cette nouvelle épreuve, je reprenais la plume pour écrire ceci:

 

Derechef le rat. Et là, mauvais perdant !

 

On le croyait broyé. On le disait occis

Eh bien non voyez vous: le malin réussit

A rester un peu la ou il avait sévi

Tissant cette fois ci des rets nauséabonds

A l'endroit qu'il avait choisi pour son cocon

 

A croire qu'il était bien, là, tout près de mon âme

Cela prit deux heures (plus?) à Georges de Sainte Anne

Pour extirper vraiment les débris qu'il laissa

Il fallut sans mentir un trou grand comme ça!

 

Sous une anesthésie a vous couper les bras

Au réveil: la vie ! Elle encore et si belle!

Non ce n'était pas l'heure encore d'aller au ciel

Mais Dieu que ça fait mal un os qu'on a coupé!

 

Tu as connu papa la même atrocité 

Je ne comprenais pas ta douleur. Pardon!

Je t'ai laissé souffrir et partir pour de bon

Trente ans déjà. Ta chute et moi ton orphelin

 

Tomber et puis mourir. Quel bien triste destin!

Ou comme Cyrano recevoir une poutre!

Sans pouvoir l'écarter, l'envoyer se faire foutre

Formidable Rostand, sublime Torreton:

 

La mort quand elle est bête fait sortir de ses gonds 

La colère envahit: mais comment a t on pu

Laisser le rat entrer ? Et aussi qu'il fallut

S'y reprendre à deux fois pour le sortir de là

 

Hors de moi scélérat et n'y reviens jamais

Laisse moi savourer tous ceux que j'aime en paix

Dehors mauvais perdant. Va dans ton caniveau 

Laisse donc s'aimer les Roxane et Cyrano

 

Robert Boublil

28 juillet 2015           Tous droits réservés